Jung - "Le livre rouge" IV




LE DON DE LA MAGIE

(...)


    Insoutenable est la tension de l'avenir en nous. Il doit se frayer un chemin à travers d'étroites fissures, il doit ouvrir par la force de nouvelles voies. Tu voudrais jeter ce fardeau, tu voudrais t'échapper là où il n'y a pas d'échappatoire. Mais prendre la fuite est une illusion et un détour. Ferme les yeux, afin de ne pas voir le foisonnement, le multiple extérieur, ce qui entraine et séduit. Il n'y a qu'un chemin, et c'est ton chemin, un seul salut, et c'est ton salut. Pourquoi cherches-tu de l'aide autour de toi ? Crois-tu qu'une aide viendra de l'extérieur ? Ce qui est à venir se crée en toi et à partir de toi. Voilà pourquoi il faut que tu regardes en toi-même. Ne compare pas, ne mesure pas. Aucun autre chemin ne ressemble au tien. Tous les autres chemins ne sont pour toi qu'illusion et égarement. Tu dois accomplir le chemin en toi.
    Ô si tous les hommes et tous leurs chemins pouvaient te devenir étrangers ! Tu pourrais ainsi les retrouver en toi-même et connaître leurs chemins. Mais quelle faiblesse ! Quel désespoir ! Quelle angoisse ! Tu ne supporteras pas de suivre ton chemin. Tu veux toujours avoir au moins un pied sur un chemin étranger, afin de ne pas être assailli par la grande solitude ! Afin que la Mère consolatrice soit toujours auprès de toi ! Afin que l'on te confirme dans ton être, te reconnaisse, te pleure, te réconforte, t'encourage ! Afin que l'on t'entraine de force sur des sentiers étrangers où tu t'écartes de toi-même et où tu peux, soulagé, te déposer toi-même. Comme si tu n'étais pas toi-même ! Qui doit, selon toi, accomplir tes actes ? Qui doit porter tes vertus et qui tes vices ?


(Jung - "Le livre rouge" chapitre "Le don de la magie")