Patrice de La Tour du Pin - "Une somme de poésie"


PSAUME XXIV

Je ne suis plus le renard chassant une proie sur les prairies, je suis le faon qui cherche les prairies elles-mêmes, - mais je demeure sauvage.
Je garde l'odeur du sang dans l'arrière-gorge - comme ces princes de guerre réfugiés dans leurs tours.
Ils se défendent de chevaucher pour de nouvelles conquêtes - et portent le deuil des conquérants qu'ils ont été.
Mais leurs armes sont toujours des armes de proie, - ils n'élèvent pas des paresseux à la place des faucons.
Les mondes intermédiaires connaissent encore ma chasse, - mais non pour le plaisir de découvrir et de tuer.
Ceux qui s'égarent en pleine ivresse d'évasion - ne cherchent pas la véritable nourriture.
Après l'eau des fontaines et le sang des bêtes, - c'est l'écume des marais de l'homme qui attire.
Les autres atteignent aux horizons indéfinis après des vols au hasard, - moi je pars des lointains pour me rapprocher de l'homme.
Et je n'ai pas besoin de boussole ou de rose des vents - pour aborder en moi-même.


(Laetitia Sieffermann - "V")