Carl Rogers - "Psychothérapie et relations humaines"


VIII. La considération positive inconditionnelle et notions connexes

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28. Considération positive. Quand je constate qu'une autre personne se rend compte d'une quelconque expérience relative à elle-même et quand cette constatation m'affecte d'une façon positive, j'éprouve un sentiment de considération positive à son égard. De même, l'individu qui se perçoit comme l'objet de la considération positive de la part d'une autre personne, se rend compte de ce qu'il affecte le champ expérientiel de cette autre personne d'une manière positive. En langage plus simple, la considération positive englobe généralement les sentiments et attitudes de chaleur, d'accueil, de sympathie, de respect, d'acceptation.

29. Besoin de considération positive. D'après Standal, il existe dans tout être humain un besoin fondamental de considération positive. Tandis que certains auteurs considèrent ce besoin (qu'ils indiquent de noms tels que affection, amour, etc.) comme une tendance innée ou instinctive, Standal le considère comme un besoin acquis qui se développe durant la première enfance. En lui donnant le nom de considération positive, il semble qu'il ait réussi à extraire, à partir des notions plus vagues utilisées auparavant, la variable psychologique essentielle.

30. Considération positive inconditionnelle. Cette expression représente une des notions-clés de notre système et peut se définir comme suit. Si les expériences d'une autre personne relatives à elle-même m'affectent toutes comme également dignes de considération positive, autrement dit, si parmi toutes ces expériences, il n'en est aucune que je distingue comme plus ou moins digne de considération positive, nous disons que j'éprouve à l'égard de cette personne une attitude de considération positive inconditionnelle. De même, quand je me perçois comme l'objet de la considération positive inconditionnelle d'une autre personne, je reconnais que cette personne estime toutes les expériences relatives à l'idée que je me fais de moi-même, comme également dignes de considération positive.

   En langage moins compliqué, éprouver un sentiment de considération positive inconditionnelle à l'égard d'une personne signifie "apprécier" cette personne. Dans le sens que nous attribuons à ce terme - sens emprunté à Dewey - le sujet est estimé en tant que personne et indépendamment des critères que l'on pourrait appliquer aux divers éléments de son comportement. Comme exemple de ce genre d'attitude, citons le cas du père qui "apprécie" (le terme "aimer" est, évidemment, plus indiqué dans cet exemple) son enfant, encore qu'il n'apprécie pas également chaque action ou attitude particulière de l'enfant.

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32. Considération positive de soi. Ce terme sert à désigner le sentiment de considération que l'individu lui-même éprouve vis-à-vis de certaines expériences relatives au moi, indépendamment de la considération positive que d'autres personnes y attachent ou pourraient y attacher. 

   Quoiqu'il semble que l'expérience de se sentir l'objet de la considération positive de la part d'autrui doive précéder l'expérience de considération positive de soi, cette expérience conduit à une attitude positive à l'égard de soi qui n'est plus directement fonction des attitudes d'autrui. L'individu joue alors, par rapport à lui-même le rôle de "personne-critère", joué antérieurement par certaines personnes qui occupaient une place importante dans son économie interne.

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34. Considération positive inconditionnelle de soi. Il y a considération positive inconditionnelle de soi quand le sujet se perçoit d'une manière telle que toutes les expériences relatives à lui-même sont perçues, sans exception, comme également dignes de considération positive.


(Julia Randall - "Blown")