Michel Meslin - "Un don biblique"



Dans toutes les cultures, le lait a représenté l'aliment primordial indispensable à la vie et à la croissance de l'être humain. Cet élément naturel a toujours été considéré comme le principe nutritif et vitalisant par excellence, très souvent associé au miel, autre produit de la nature, dans le milieu méditerranéen et dans les civilisations dont hériteront les monothéismes juif et chrétien. Ces deux produits demeureront dans l'imaginaire collectif comme les signes d'un Âge d'Or où la Terre-Mère produisait spontanément ses biens. Le lait est en quelque sorte la matière du principe nourricier et protecteur dont la relation mère-nourrisson constitue la réalité psychologique et affective.

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Dans tout l'Orient classique, l'allaitement rituel apparaît comme l'achèvement symbolique d'une nouvelle naissance initiatique. Tel est le cas des mystères phrygiens de la grande déesse-mère Cybèle où, après un temps de prostration et de deuil à la mort d'Attis, un temps de jeûne rendu plus intense par des blessures volontaires, les fidèles tuent symboliquement leur existence antérieure et "après cela, la nourriture de lait figure notre re-naissance, et ce sont des manifestations de joie, des couronnes et comme des remontées vers les dieux" (Salloustios, Des dieux et du monde, 4, 10).

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Toujours associé au miel, le lait apparaît aux Hébreux, puis au peuple d'Israël, comme une nourriture merveilleuse qui, dans leurs rêves et leurs espérances, coule en ruisseaux abondants. Il est la mesure qualitative des richesses de toute contrée fertile : c'est la terre de Gessen opposée au désert, c'est le pays de Canaan vers lequel ils marchent tout au long de l'Exode sous la ferme direction de Moïse après le départ d'Egypte.


(Francesco Albani - "Cybèle et les saisons")