C.G. Jung - "La vie symbolique"


Il ne faut pas croire que chaque personne que l'on analyse accomplira obligatoirement le saut dans l'avenir. Peut-être est-elle destinée à rester dans l'Église, et si elle peut y retourner, c'est ce qu'il y a de mieux pour elle.

M. Morgan :
Et que se passe-t-il si elle ne le peut pas ?

Le professeur Jung :
Alors commencent les difficultés. Alors commence pour cette personne la quête. Il faut qu'elle découvre ce que veut lui dire son âme. Il faut qu'elle traverse la solitude d'une contrée encore incréée. J'ai publié un exemple d'un tel cas dans l'un de mes essais. Il s'agit d'un grand scientifique contemporain, un homme très célèbre. Il décida de se mettre à l'écoute de ce que l'inconscient avait à lui dire, et l'inconscient le guida merveilleusement. Cet homme parvint à s'en sortir parce qu'il réussit peu à peu à intégrer les données symboliques qui se présentaient à lui. Il vit à présent la vie religieuse, la vie d'un observateur attentif. La vie religieuse consiste en l'observation attentive des données. Il est à présent attentif à tout ce que ses rêves lui apportent; ils sont son seul guide.
C'est ainsi que nous nous trouvons dans un monde nouveau; nous sommes exactement dans la même situation que les primitifs.

(...)

J'ai un peu honte de l'avouer, mais je suis aussi primitif que n'importe quel nègre, parce que je ne sais rien ! Quand on est dans l'obscurité, on se raccroche à ce qu'il y a de plus proche, c'est-à-dire à un rêve. Nous pouvons être assurés que le rêve est notre meilleur ami; le rêve est l'ami de ceux qui ne se laissent plus guider par les vérités traditionnelles et sont de ce fait isolés. C'était le cas chez les anciens philosophes alchimistes, et l'on peut lire dans le Tractatus aureus d'HERMES TRISMEGISTE un passage qui confirme ce que j'ai dit au sujet de cet isolement. Il y est dit : "(Deus) in quo est... adiuvatio cuiuslibet sequestrati" (Dieu, en lequel tous ceux qui sont isolés trouvent refuge).


(Hermès Trismégiste)